Hôtel et restaurant sous le même toit : le défi thermique des bâtiments à usages mixtes

Un hôtel et un restaurant n’ont pas les mêmes besoins. L’hôtel demande beaucoup de chauffage et d’eau chaude sanitaire, avec des pics matin et soir et une occupation intermittente des chambres. Le restaurant génère d’énormes apports de chaleur internes (cuisine, affluence, éclairage) et doit souvent être rafraîchi, avec une ventilation très soutenue.

Réunir ces deux usages sous un même toit impose un zonage thermique précis : on ne traite pas la zone hôtel comme la zone restauration. Pour les architectes, promoteurs et exploitants, c’est la clé d’un bâtiment à la fois confortable et économe. Exemple avec un ensemble neuf d’hôtellerie-restauration.

Pourquoi un bâtiment à usages mixtes complique l’étude thermique ?

Chaque zone a sa propre logique énergétique. Les traiter ensemble mène soit au sous-dimensionnement (inconfort, plaintes clients), soit au surdimensionnement (surcoût d’investissement et d’exploitation). L’étude thermique doit donc reconnaître cette dualité dès la conception :

  • zone hôtel : eau chaude sanitaire dominante, chauffage adapté à une occupation intermittente
  • zone restaurant : besoins simultanés de chaud et de froid, fort renouvellement d’air
  • ventilation dimensionnée par zone pour ne pas gaspiller sur les locaux peu occupés

Le projet et ses résultats

Le bâtiment étudié est un ensemble neuf de 4 450 m² (SRT) regroupant un hôtel 2-3 étoiles et un restaurant, en région parisienne. L’étude a été menée selon la RT2012, réglementation applicable à la conception. Les résultats sont tenus avec une marge confortable :

  • Bbio de 97,9 points pour un maximum de 124,2, soit 21,2 % de gain
  • Cep de 123,4 kWh/m²/an pour un plafond de 176,6, soit 30,1 % sous le seuil

Pour de l’hôtellerie-restauration, usage énergivore par nature, ce sont des marges saines — obtenues précisément en traitant séparément les deux zones.

Quels équipements pour chaque usage ?

Côté restaurant, le projet retient un système VRV (volume de réfrigérant variable) avec air soufflé, qui module finement la puissance et gère des besoins simultanés de chaud et de froid. L’eau chaude sanitaire y est produite par un ballon thermodynamique, qui valorise la chaleur ambiante de la cuisine.

Côté hôtel, la priorité va à la production d’eau chaude sanitaire, poste dominant en hôtellerie, et à un chauffage des chambres adapté à une occupation intermittente.

Conseil ADNE — En hôtellerie-restauration, l’eau chaude sanitaire et la ventilation pèsent lourd. Les optimiser (récupération de chaleur, ECS thermodynamique ou solaire, ventilation modulée) est souvent plus rentable que de gratter quelques points sur l’isolation. Raisonnez en coût global, pas seulement en investissement initial.

Ce qui changerait aujourd’hui avec la RE2020

Conçu aujourd’hui, ce bâtiment relèverait de la RE2020, avec trois exigences supplémentaires : le volet carbone (choix des matériaux et de l’énergie), le confort d’été (indicateur DH, sensible dans les chambres exposées et la zone restauration) et des seuils de consommation plus stricts.

Le zonage des usages, déjà déterminant en RT2012, devient encore plus structurant en RE2020 : il faut alors maîtriser simultanément l’énergie, le carbone et le confort d’été de zones aux logiques opposées.

En résumé

Un bâtiment qui mêle hôtel et restaurant, c’est deux bâtiments thermiques sous un même toit. La performance ne s’obtient qu’en reconnaissant cette dualité dès l’étude : zonage rigoureux, équipements adaptés à chaque usage, attention particulière à l’eau chaude sanitaire et à la ventilation. C’est ce qui sépare un projet économe d’un bâtiment qui déçoit ses exploitants dès la première saison. ADNE Ingénierie réalise les études thermiques RE2020 et le dimensionnement CVC, plomberie et ventilation des bâtiments à usages mixtes, avec une approche par zones d’usage.

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